L’histoire d’un château unique en Dordogne
L’histoire d’un château unique en Dordogne
L’histoire d’un château unique en Dordogne
L’histoire d’un château unique en Dordogne
L’histoire d’un château unique en Dordogne

L’histoire d’un château unique en Dordogne

En plein coeur de la Dordogne, l’émotion, qui submerge le visiteur qui franchit l’orée du bois pour s’avancer dans la vallée et voir le Château de Commarque apparaître en dehors du temps et de l’espace, appartient au domaine de l’irréel…

Construit aux XIIe et XIVe siècles en Dordogne, le château fort de Commarque est probablement l’ensemble médiéval le plus complexe du Périgord. C’était en fait une « co-seigneurie » : les familles seigneuriales habitaient les différentes tours de ce village fortifié. C’est aussi le plus curieux ensemble castral du Périgord méridional avec ses défenses complexes, ses douves successives, ses remparts concentriques et le vertigineux verticalisme de son donjon, haut de 80 mètres, en bel appareil surplombant un écrin naturel préservé et protégé en vallée Vézère.

Il est vraisemblable que l’on puisse attribuer la fondation d’un premier donjon, en bois, à l’un des deux abbés du même nom qui se succédèrent sur le siège abbatial de Sarlat au début du XIIe siècle : Garin ou Randulphe de Commarque. Le premier seigneur est un Commarque « milites castri », un chevalier, dépendant de l’abbaye de Sarlat.

Trés vite au XIIe, vers 1116, Gérard de Commarque, Chef de la branche ainée de « la Maison qui avait de toute ancienneté donné son nom à un château considérable en Sarladais » devenu chevalier hospitalier de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem fait don de ses biens à cet ordre, réservant une partie des biens patrimoniaux aux puinées consistant en une forteresse au sein même du castrum. Ces derniers érigent l’énorme donjon. (Généalogie de Courcelles 1825) 

Cet Ordre Hospitalier nouvellement crée (1113) tire son nom de la fondation d’un premier hôpital près de l’église Saint Jean Baptiste de Jérusalem. Commarque devient alors le siège de l’une des commanderies de l’Ordre, d’où le nom donné à la chapelle Saint Jean de Commarque.

Après la tragique disparition de l’ordre, la commanderie passe mystérieusement aux mains des Beynac, qui héritent ainsi du pouvoir de décision sur l’érection des tours.

Au fil du temps, les chevaliers de Commarque éprouvèrent le besoin de renforcer leur position. Cette évolution est d’autant plus impérieuse que des voisins plus ou moins puissants ne tardèrent pas à les rejoindre : des familles nobles s’installèrent légèrement en contrebas comme les Gondrix et les Escars, une autre peu en dehors du castrum, la famille de la Chapelle. Commarque devient alors une coseigneurie. Chaque maison-tour est constituée d’un enclos, d’accès propres et de fossés. .

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Au cours du XIVe siècle, les deux lignages majeurs réalisent les premiers remembrements par acquisitions successives. Les Beynac réussissent à constituer une véritable châtellenie autour de Commarque lorsqu’ils reprennent les justices de Marquay et de Sireuil aux Cendrieux et qu’ils imposent leur suzeraineté sur le repaire de Laussel. Les Commarque reprennent les terres et les droits des descendants des autres milites castri, par achat ou par alliance. Dès le milieu du XIVe siècle, l’ensemble de la basse-cour est devenu la maison noble des Commarque : ils disposent maintenant d’un périmètre défensif excédant largement celui du château des Beynac. Des travaux entrepris entre 1370 et 1380 permettent de rehausser le donjon et la courtine et de faire construire la couronne de mâchicoulis inspirée du Palais des Papes à Avignon.

Pendant la guerre de Cent Ans, les Beynac restent les défenseurs fidèles de la couronne de France. Pons de Beynac bénéficie de nombreux appuis politiques : il est dans la clientèle des Beaufort-Turenne, de la papauté avignonnaise et du parti d’Anjou. Bataillant pour la France, devenu maître de la quasi- totalité du Périgord noir, il épousa Philippa en 1379, qui n’a alors que 12 ans. Elle ne dut pas vivre bien longtemps puisqu’en 1405, Pons se remarie avec Magne de Castelnaud. Par ces deux mariages, il s’est allié aux plus puissants seigneurs de la vallée de la Dordogne : Beynac et Castelnaud. Le 23 avril 1406, Commarque est investi par les troupes d’Archambaud d’Abzac. Pons et sa famille sont fait prisonniers par les Anglais. Un impôt, ordonné par le roi, est levé sur les habitants du Périgord et du Quercy pour payer la rançon demandée. Leur captivité durera six mois. En récompense des services rendus, Pons de Beynac recevra du roi Charles VII le château de Campagne. Il meurt en 1440. Ses successeurs n’auront pas sa sagesse. Tout au long des XVe et XVIe, ils ravagent et rançonnent les voyageurs. En 1441, les Beynac passent dans la mouvance du comte de Périgord, signe évident de leur déclin.

Pendant les guerres de Religion, les Beynac sont dévoués à la cause de la Réforme aux côtés du célèbre Geoffroy de Vivans, gardien de Castelnaud, et de son voisin seigneur de Beynac. À partir de Commarque, qui est sa base d’opération, Geoffroy, baron de Beynac et seigneur de Commarque, lance plusieurs attaques des repaires catholiques des environs et s’empare même furtivement de Sarlat. En 1569, après une rude bataille, le château de Commarque est repris par les catholiques conduits par le Sénéchal et par le Gouverneur du Périgord (c’est sans doute au lendemain de ce siège que s’effondre la salle voûtée).

Craignant de ne pouvoir tenir la place, le roi Charles IX ordonne sa démolition. Mais un Commarque , plaidant sa cause, obtient la révocation de la sentence, et sauve ainsi le château de Commarque.

Dans les années 1500, il semble que le castrum de Commarque commence déjà à être déserté par les familles résidentes. C’est le cas de la branche cadette des Commarque qui quitte le site originel pour élire domicile sur l’autre rive, dans le château de Laussel.

Le site s’endort alors pendant quatre siècles …  avant d’être (re)découvert et sauvé par un descendant direct du même nom.

Aujourd’hui, la famille de Commarque est de toutes celles qui au Moyen-Âge inspirèrent des épopées, une des dernières à subsister et à demeurer sur la terre de ses ancêtres.

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