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Le château

L’émotion qui submerge celui qui franchit l’orée du bois pour s’avancer dans la vallée et voir Commarque apparaître en dehors du temps et de l’espace appartient au domaine de l’irréel…

Saviez-vous que le Périgord possède sa chanson de geste ? Entre le Douzième et le Treizième Siècle les poètes épiques chantent les hauts faits des chevaliers du Neuvième ou Dixième siècles et s’intéressent à la famille de COMMARQUE, en Périgord ,en rapportant dans plusieurs chansons de geste les exploits de son fondateur, Bovon, et de ses deux fils, Girart et Guiëlins.

Aujourd’hui, la famille de Commarque est, de toutes celles qui, au Moyen-Age, inspirèrent des épopées, une des dernières à subsister et, à demeurer sur la terre de ses ancêtres encore dominée par le donjon du XII Siècle.

Un peu d’histoire ..

Construit aux XIIe et XIVe siècles, c’est probablement l’ensemble médiéval le plus complexe du Périgord. C’était en fait une « co-seigneurie » : les familles seigneuriales habitaient les différentes tours de ce village fortifié. C’est aussi le plus curieux ensemble castral du Périgord méridional avec ses défenses complexes, ses douves successives, ses remparts concentriques et le vertigineux verticalisme de son donjon, haut de 80 mètres, en bel appareil.

Il est vraisemblable que l’on puisse attribuer la fondation d’un premier donjon, en bois, à l’un des deux abbés du même nom qui se succèdent sur le siège abbatial de Sarlat dans le dernier tiers du XIIe siècle : Garin (1169-1181) ou Randulphe de Commarque (1195-1201). Le premier châtelain est un Commarque « milites castri », un chevalier ou donzel, dépendant de l’abbaye de Sarlat.

Au début du XIIe siècle, Gérard de Commarque fait don de ses biens aux templiers (on parle alors de l’ « Hospitalis de Comarco » ). Il existe alors une agglomération, un donjon – cette fois en pierre – avec un logis, une chapelle et des maisons-tours : c’est le castrum de Commarque. Le château devint une commanderie qui après la tragique disparition de l’ordre, passe aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ces derniers érigent l’énorme donjon puis vendent la place au baron de Beynac, qui héritent ainsi du pouvoir de décision sur l’érection des tours.

Au fil du temps, les chevaliers de Commarque éprouvèrent le besoin de renforcer leur position. Cette évolution est d’autant plus impérieuse que des voisins plus ou moins puissants ne tardèrent pas à les rejoindre : des familles nobles s’installèrent légèrement en contrebas comme les Gondrix et les Escars, une autre peu en dehors du castrum, la famille de la Chapelle .. Commarque devient donc une coseigneurie. Chaque maison-tour est constituée d’un enclos, d’accès propres et de fossés. Si Commarque est bien une coseigneurie, ses seigneurs ne font pas pour autant preuve de beaucoup de solidarité, témoins les incessants procès qui opposèrent les Beynac et les Commarque.

Au cours du XIVe siècle, les deux lignages majeurs réalisent les premiers remembrements par acquisitions successives. Les Beynac réussissent à constituer une véritable châtellenie autour de Commarque lorsqu’ils reprennent les justices de Marquay et de Sireuil aux Cendrieux et qu’ils imposent leur suzeraineté sur le repaire de Laussel. Les Commarque reprennent les terres et les droits des descendants des autres milites castri, par achat ou par alliance. Dès le milieu du XIVe siècle, l’ensemble de la basse-cour est devenu la maison-noble des Commarque : ils disposent maintenant d’un périmètre défensif excédant largement celui du château des Beynac. Des travaux entrepris entre 1370 et 1380 permettent de rehausser le donjon et la courtine et de faire construire la couronne de mâchicoulis inspirée du Palais des Papes à Avignon.

Pendant la guerre de Cent Ans, les Beynac restent les défenseurs fidèles de la couronne de France. Pons de Beynac bénéficie de nombreux appuis politiques : il est dans la clientèle des Beaufort-Turenne, de la papauté Avignonnaise et du parti d’Anjou. Bataillant pour la France, devenu maître de la quasi totalité du Périgord noir, il épousa Philippa en 1379 qui n’a alors que 12 ans. Elle ne dut pas vivre bien longtemps puisqu’en 1405, Pons se remarie avec Magne de Castelnaud. Par ces deux mariages, il s’est allié aux plus puissants seigneurs de la vallée de la Dordogne : Beynac et Castelnaud.

Le 23 avril 1406, Commarque est investi par les troupes d’Archambaud d’Abzac. Pons et sa famille sont fait prisonniers par les Anglais. Un impôt, ordonné par le roi est levé sur les habitants du Périgord et du Quercy pour payer la rançon demandée. Leur captivité durera six mois. En récompense des services rendus, Pons de Beynac recevra du roi Charles VII, le château de Campagne. Il meurt en 1440. Ses successeurs n’auront pas sa sagesse. Tout au long des XVe et XVIe, ils ravagent et rançonnent les voyageurs. En 1441, les Beynac passent dans la mouvance du comte de Périgord, signe évident de leur déclin.

Pendant les guerres de Religion, les Beynac sont dévoués à la cause de la Réforme aux côtés du célèbre Geoffroy de Vivans, gardien de Castelnaud et de son voisin seigneur de Beynac. À partir de Commarque, qui est sa base d’opération, Geoffroy, baron de Beynac et seigneur de Commarque, lance plusieurs attaques des repaires catholiques des environs et s’empare même furtivement de Sarlat. En 1569, après une rude bataille, le château de Commarque est repris par les catholiques conduits par le Sénéchal et par le Gouverneur du Périgord (c’est sans doute au lendemain de ce siège que s’effondre la salle voûtée).

Craignant de ne pouvoir tenir la place, le roi Charles IX ordonne sa démolition. Mais un Commarque , plaidant sa cause, obtient la révocation de la sentence, et sauve ainsi le château de Commarque.

Dans les années 1500, il semble que le castrum de Commarque commence déjà à être déserté par les familles résidentes. C’est le cas de la branche cadette des Commarque qui quitte le site originel pour élire domicile sur l’autre rive, dans le château de Laussel.

Le site s’endort alors pendant quatre siècles …

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Vous allez découvrir l’histoire du sauvetage et de la réhabilitation de cette forteresse qui domine un site complexe qui illustre d’une manière marquante l’aventure des hommes au cours des temps.

Après avoir dégagé la végétation et les cônes d’éboulis qui ont permis de mettre à jour progressivement les ruelles, les escaliers taillés dans la roche et les restes de maisons englouties, Hubert de Commarque a mené obstinément, depuis 1962, avec l’aide de l’administration des Monuments Historiques, des travaux de consolidation et de restauration qui ont permis à une grande partie des murs en élévation mis à nu d’être sauvés, en particulier grâce à des reprises de brèches et de béances sur le château proprement dit, qui était en grand danger d’écroulement.

Parallèlement, aidé par des Fondations américaines et l’Etat, il a conduit un programme ambitieux de fouilles et de recherches archéologiques faisant appel à de nombreuses disciplines, qui est venu enrichir continûment la connaissance sur la vie et l’organisation d’un Castrum au long du Moyen Age.

De 1973 à 1993, le site a servi de terrain de recherches, d’études et de formation au Centre Permanent d’Initiation à l’Environnement dans le village voisin de Sireuil.

A ce jour, notre ambition consiste à révéler toujours plus la richesse de ce site avec la constante exigence de préserver son intégrité et sa magie. Pour ce faire, des dégagements, des recherches archéologiques et historiques et des travaux monumentaux s’imposent encore, afin d’offrir aux générations futures un lieu de rêve et d’émotion aux enseignements multiples sur leur passé.

En partageant notre passion, en nous donnant vos suggestions, en nous aidant à mieux faire connaître ce site, vous répondrez au défi qu’il nous presse de relever.

« L’osmose entre le bâti et le naturel est si parfaite que l’on ne sait plus quand commence l’un et quand finit l’autre. Cette osmose est à la fois physique et temporelle, offrant ainsi aux générations actuelles et futures de visiteurs une page continue d’architecture, d’urbanisme, de paysage et de vie sociale et économique ».

Didier Repelin, architecte en chef des Monuments historiques et International preservation consultant, 1991.

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